Une roulotte, ma chambre d’appoint

En octobre dernier, il y a treize mois, j’installais ma chambre dans une roulotte, dans le jardin de la maison que j’occupe en colocation à Tourinnes la Grosse. Automne, Hiver, Printemps, Ete, voici l’essentiel de ce que j’ai découvert pendant que la terre faisait le tour du soleil.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Automne : l’installation.

Mes colocataires Eric et Maria ont une roulotte, issue de leur précédente installation en habitat léger. Ils comptaient l’installer dans le jardin de la maison, pour l’offrir à un colocataire “semi-autonome”. Je n’avais pas encore cherché de location et cette offre se présente à moi. Une maison partagée, avec une roulotte. J’avais trop envie de dire oui. Alors j’ai dit oui.

L’installation s’est déroulée en 5 étapes:

  • Décloisonner la roulotte, originellement divisée en deux chambres, et reboucher l’une des portes. Panneaux, isolant en laine de bois, le travail prend deux journées, un peu seul, un peu à deux. Vidée, vierge, voici un volume de 3,5 x 8 m à redessiner, comme une feuille blanche.
  • Avant de la placer, je vais voir les voisins, pour me présenter et leur expliquer que j’installerai une roulotte près de leur haie, pour une chambre pour un an ou deux. Le fait d’être déjà connu dans le village se révèle un élément très favorable. « Et tu vas pisser sur ma haie ? ».
  • Le 10 septembre, la roulotte bouge, avec l’aide du fermier (et de son tracteur), sur une distance de 7km, entre la prairie de l’ex-habitat communautaire et le jardin. L’opération est délicate et sans le talent de manœuvre du fermier, la roulotte ne serait jamais rentrée dans la propriété. Le rayon de braquage de la roulotte, précédée par le tracteur est gigantesque. “Je viendrai pas pour la sortir de là” conclut le fermier à la boutade. 
  • Posée à l’endroit voulu, il faut la surélever et l’installer sur des plots, à niveau, à environ 1m du sol. Des blocs en béton, des bouts de bois, un cric et un niveau. Une équipe de quatre personne est sollicitée. C’est une opération délicate, impressionnante, mais pas dangereuse.
  • Les finitions. Raccordement électrique, poele à bois, menuiserie intérieure. Sébastien, menuisier pour des habitats léger, m’annonce d’emblée : « S’installer en automne dans une roulotte, c’est ingrat » Et je confirme. Comme je suis amateur et libre entre deux boulots, les délais pour les petits travaux traînent. Je dors dans une chambre d’appoint dans la maison. Je n’ai pas ma chambre. L’automne s’installe. Je travaille plic et ploc, jusque fin décembre à installer l’intérieur, l’électricité. Le délai de livraison de la cheminée tarde et comme il fait froid, j’attends. Je décore avec des morceaux de tissus imprimés pour les rideaux. Plan de travail, étagère, lit, table. Je postpose puis abandonne l’idée d’installer une toilette sèche. Je laisse très vite tomber l’idée d’un raccordement à l’eau. Un bidon d’appoint fera l’affaire. Ce sera pas une maison, mais une chambre d’appoint. Sous la roulotte surélevée, je stock deux stères de bois. Winter is coming!

Hiver: le cocon

Je dors la première nuit le 25 janvier.

  • Le poêle à bois est entièrement suffisant pour chauffer ce petit volume de quelques mètres cube. L’isolation est très performante, naturelle. Simple vitrage, de bons rideaux et des petits clapets de ventilation, c’est pas super moderne, mais l’air circule.
  • Je me sens comme dans un petit cocon. Les sensations cumulées du vent d’hiver, de la pluie, des crépitements du feu, de l’odeur du feu et du bois sont délicieuses. J’ai installé de la musique, des livres et un lit énorme.
  • Trois bûches suffisent pour toute la nuit. Tirage réglé sur très faible. La température de nuit est sous contrôle.
  • Entrer et sortir est une épreuve vivante : bottes, anorak. Pipi dehors en pleine nuit, ça réveille. Le matin, je tente les pieds nus dans la neige. C’est brulant. C’est caillant. J’adore.
  • Ce que j’adore moins, c’est oublier d’allumer un feu deux heures avant d’aller dormir. ça m’est arrivé une fois et en hiver, on comprend vite la leçon. Le repas des enfants peut attendre, à 19h, c’est MON feu avant tout!

Printemps: les détails

  • Les nuits sont froides. Feu continu.
  • J’installe des éléments extérieurs. Lampe. Terrasse. Chemin. Un vrai escalier pour entrer et sortir.
  • Parfois mon plus jeune enfant vient dormir avec moi. Lorsqu’il est malade, je l’installe dans mon lit et on dort ensemble. Il vient parfois de lui même. Il enfile ses bottes. Il traverse la nuit. Je le trouve courageux, mais il trouve ça normal.
  • Le chemin du soir vers la roulotte, le chemin du matin vers la maison sont des rituels simples et magiques que je pratique dorénavant pieds nus, dans la rosée. La lune, la météo, la température du sol, les canards dans la vallée, le chant des oiseaux et le niveau de lumière qui varie donnent un tout autre rythme à ma vie. Le premier contact. Eveil sensoriel. Dès que je peux marcher pieds nus le matin ou le soir, je le fais.
  • J’aime entendre les bruits du dehors. Sous une tente, c’est trop, dans une maison, on est vraiment trop coupé de l’extérieur.
  • Je soigne la déco intérieure petit à petit : un poster, des photos, des plantes, mon vieux skate, des livres, mes carnets d’écriture, des bacs de rangements pour mes vêtements.
  • La végétation réapparaît. Je dois débroussailler. A partir du mois de mai, je n’allume plus de feu

Été: L’extérieur

  • Un si petit espace est tout à fait idéal pour mon niveau d’ordre. Ranger, nettoyer est simple et gratifiant. Quinze minutes par semaine. Je laisse un balai en permanence car l’entrée est l’endroit le plus vite sali.
  • Je peux lire dehors grâce à ma lampe extérieure.
  • Je ne stocke rien à manger dans ma roulotte et je ne souffre d’aucun envahisseur type souris ou petit rongeur.
  • Mes enfants dorment parfois sous tente à côté de ma roulotte.
  • Le soir, la chaleur descend très vite. La roulotte est à l’ombre apd 19h. Je n’y avais pas pensé, mais l’ombre est un facteur important pour choisir son emplacement.
  • Et à l’inverse qu’en hiver, je dois penser à aérer ma roulotte. Dès qu’elle est à l’ombre, j’ouvre la porte et les clapets des fenêtres. La ventilation est très efficace et l’inertie assez faible. Il fait frais très rapidement. Si je compare à la chambre de mes enfants, sous les toits, c’est frappant; la roulotte est bien plus confortable à vivre.
  • Voila une année que je dors dans une roulotte. Je rêve parfois d’un jardin à quatre roulotte, une pour chacun de mes trois enfants. Qu’est-ce que ce serait simple : cocon individuel, installation et entretien simple, lien avec la nature, tout y est. Les sanitaires et la cuisine sont en dur. J’ai tout le confort moderne dans la maison partagée, le luxe thermique, un loyer faible. Je kiffe grave.

Ce n’était pas prévu dans ma vie de passer une année dans une roulotte. Je n’ai pas du acheter, investir ou demander de permis. Pour une période transitoire, ou longue durée, ce n’est pas une « maison », mais un espace complémentaire. Dans mon ancienne, maison, j’avais une cabane dans le fond de mon jardin, en dur où j’ai passé des moments magnifiques. La simplicité fait la puissance de cette expérience roulotte, ou j’ai modulé un espace exclusif dans ma vie de père très actif et d’indépendant très agité. Un repli parfois stratégique et salutaire. La dimension « modulable » de l’habitat léger s’ajoute aux facteurs économiques, énergétiques et écologique, un argument de poids pour les familles flexibles.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.