Pas une histoire de merde

Leuven, vendredi 24 février. 9h. Un incident avec un inconnu m’a vivement réveillé.

La semaine a été remplie. Comme toutes les semaines.

J’ai besoin de repos. Je veux écrire. Je dois chier. J’ai besoin de monnaie pour l’horodateur. Les quatre besoins simultanés ne font pas bon ménage. Qui? Où? Là? Quoi? pfff

J’entre au café Le Mustache, Tiensestraat 129. Dans cet embroglio de priorités, je finis pas satisfaire un seul des quatre besoins, le plus organique, dans cet endroit très accueillant et puis je vais chercher du cash, car il n’a pas de moyen de paiement électronique. Après 15min de marche, je reviens. Je paie la machine à temps. Quelqu’un vient dans mon dos. Le gérant du Mustache me lance dans un néerlandais avec un accent oriental. « Vous n’avez pas nettoyé et je voulais vous dire que dat is niet tof. »

Il repart. Le café est juste à coté de mon véhicule stationné.

Je me fige avec mon ticket parking. Hein? De quoi il?…je…mais….

Un peu piqué dans mon égo et poussé par un besoin de clareté, je vais le trouver. Je rentre. Du calme, Martin. Tu as bien chié et il n’a peut etre pas tort.

Je fais bien attention de ne pas l’agresser, car il a été super accueillant. Nous parlons tous les deux un néerlandais d’allochtone qui nous empêche de scander des phrases toutes faites.

Je l’écoute, je le laisse parler. Il est très calme. Il confie que si il ne dit pas à ses clients quand les toilettes sont sales, il finit par hair les gens pour leur manque de respect. Je le comprends. Je le comprends vraiment. Nous parlons d’éducation. Je lui dit que c’est une erreur, car je fais toujours très attention. Il semble entendre. Il dit plusieurs fois « maar geen stress. Altijd welkom »

A force de me « refaire le film » de la toilette, je dois avouer que même si j’ai tiré la chasse, je pense que le « truc » a mal évacué mon « machin »… Et malgré que je sois vraiment soucieux à laisser un endroit propre, je suis fautif. Mais là n’est pas le point en réalité.

Je sors. Malgré une discussion non agessive, je ne me sens pas bien. L’incident semble clos, mais un truc reste. Je me sens mal…L’erreur est humaine… Je vais pas en faire … un caca nerveux…. (hm hm)

Je le trouve plutot sympathique ce Monsieur Mustache. Je suis du genre à trouver tout le monde sympathique. J’ai été touché par ce type pleinement investi dans son lieu, si authentique, si courageux de confronter pour une chose aussi basique et humaine que de chier et de respecter un lieu.

Je retrouve Herlinde. Je la regarde. Je ne parviens pas à lui expliquer ma désaventure car je sens qu’il y a toujours quelque chose: Un cocktail de boule dans la gorge, sentiment diffus d’injustice, avec un zeste de colère. Je soupire. Et le déclic se produit. En moi. Au fond.

Je retourne chez Le Mustache. Je le laisse servir ses clients. Je souris. Je lui dit que j’aimerais lui faire un cadeau. Il est surpris et encore sur la défensive. Il refuse. Il répète « no stress echt ». Je lui dit que moi, j’ai besoin de réparer mon estime de moi. « Si tu as pu dire ce qui n’était pas bon, laisse moi te montrer que je suis soucieux de ton lieu et que je souhaite le meilleur pour toi ». Je me sens idiot, j’ai envie de rire de ce Martin,  fatigué, stressé, pas soigneux. Je n’aime pas ce monde qui nous pousse si loin de qui nous sommes réellement.  Je voudrais prendre le temps de reparer, de soigner. Je voudrais t’offrir mon temps, cher Mustache. Moi j’aime écrire, raconter. Toi, tu as créé un lieu super personnel avec coeur, énergie et créativité. Je voudrais raconter ma mésaventure d’homme de bonne foi, mais poussé par le temps. Nous avons en commun cher Mustache le soin d’offrir aux gens un temps de qualité pour se retrouver. Tu offres le Tiramisu caffé, double espresso macchiatto, les brownies, les spécialités turques, le calme, le service, la passion. Je voudrais faire honneur à l’authenticité d’un type singulier.

Je suis fatigué de courir, ce vendredi et au sens large. Bien-sûr, j’écris frénétiquement sur mon clavier un vendredi veille de vacances de carnaval pendant que mon fils est à son cours de basket et que la soirée sera rythmée par un aller retour en plein centre de Bruxelles. Je travaille demain. Je ne vois pas les vacances arriver. Je cours sans courir. Et quand je cours, je ne fais pas bien ce que j’aime.

Si je ne me donne pas le temps pas de vivre comme j’en ai besoin, je me ruine.

La première règle de la non violence est de cesser la pression excercée sur le temps.

L’homme est fondamentalement bon et a juste envie de bien faire. Prendre le temps est notre seul levier de qualité sur la vie.

 Le Mustache. Check it out!

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