Je suis Kogis

J’avais déjà vu Roberto et Mariana en photo. Je ne pensais pas qu’ils étaient si petits. Je mesure 1m93 et le couple (pre)colombien ne dépasse pas les 1m60. Je me sens trop grand. Ils ne font aucun commentaire à cet égard, comme si « cette différence n’est pas » ce qui efface par enchantement cette pensée de mon esprit.

Je ne suis pas allé aux Kogis. Jérôme m’a proposé de venir ce vendredi soir jouer l’interprète espagnol/français en vue des préparatifs du weekend qu’il organise à la Grande Maison. J’ai annulé mes activités du vendredi soir, avec cette pointe de malaise : je ne suis pas interprète, je n’ai pas très envie de faire de prière, de méditation, ni de tambours. Mes enfants m’accompagnent. Comme Jérôme dit : « on verra ! » Ce mode opératoire impro me plaît. J’accepte donc son invitation et me présente face au guide spirituel Kogis et à sa compagne. Je présente mes trois enfants, qui s’en courent aussitôt dans le parc, à la recherche d’aventures.

Roberto s’intéresse au vieil arbre qui siège à l’entrée de la Grande Maison. « Quel âge a t il ? » Il boit les paroles de Jérôme. Nous nous mettons en marche. Alors que mon esprit se met à projeter le parcours que nous allons faire dans le domaine, Roberto s’arrête net. Nous avons fait 5 pas. Il lève les yeux au ciel. Il demande quel est cet autre arbre. Un chêne. A nouveau, le Kogis écoute attentivement. Et je me rends compte que mon espagnol est très limité. Le vocabulaire de mes études d’économie (erasmus en Espagne) ne sert à rien. Je ne connais aucun nom d’arbre, aucun nom d’animaux, de plantes et des autres espèces vivantes que nous croisons. Le couple indigène veut les rencontrer, au même titre que nous. Jérôme sort son smartphone. Internet bouche mes lacunes. Premier cliché de la soirée : un Kogis utilise la 3G….Et se laisse prendre volontiers au jeu du selfie. Ils ont des chaussures et Roberto regarde l’heure. Mais uniquement pour se surprendre de la luminosité qui persiste à 20h30. L’heure mesure. Elle ne guide pas.

La « connection » est bonne. Pas celle d’internet.  Les carpes, les escargots, les arbres, l’eau, la biche sont autant de personnes que Roberto et Mariana veulent rencontrer. Jérôme et moi ne sommes que deux « sujets » parmi une foule d’espèces vivantes. Après une heure de promenade, je sens que ma perception de l’environnement s’affine, s’ouvre. Je me mets aussi à regarder ce qui m’entoure avec attention, curiosité, émerveillement, rigueur, patience et amour. « Les grenouilles sont de quelle taille ? L’arbre a t il été planté ? Qui a posé ces pierres ? D’où vient cette eau ? »

Ce n’est pas une promenade. C’est une rencontre. Je connais Jérôme depuis 25 ans. Je fais la connaissance de son parc comme jamais auparavant.

« Les fées sont des personnages de nos légendes. Ils peuplent la forêt » explique une amie qui nous a rejoint. Roberto s’arrête pour l’écouter. Moi, je souris face à l’image de walt disney. Le maître spirituel écoute ce récit, comme si ce personnage était là, quelque part autour de lui. Et j’adapte à nouveau mon esprit : Les fées sont aussi réelles que le saule pleureur qui nous surplombe à cet instant. Ce constat m’apaise complètement. Oui. La réalité est composée des plantes, des animaux…et des contes et des personnages de légende. Les esprits de la forêt prennent des formes que mes yeux d’adultes aveugles avaient oublié. Le guide Kogis est en train de faire exister à nouveau, simplement.

Simplement.

C’est le mot qui résume cette expérience de rencontre Kogis dans le domaine de la Grande Maison.

La simplicité.

D’un regard. D’un sourire. D’un merci. D’un repas.

L’attitude de Roberto et Mariana est simple. Aucun tralala cérémonial. Aucun mot compliqué. Aucun code inaccessible. C’est simple.

On s’assied. On mange. On boit. On parle. On rit. On mange un marshmallow et du chocolat autour du feu et on parle des grenouilles qui célèbrent l’eau, comme nous sommes réunis à parler autour du feu. On se raconte nos histoires. On vit au présent. Aux questions de demain : « Lo que sera sera ». Ce qui sera sera. Sous entendu « Inutile de se préoccuper » et précisément « La nuit va nous donner les réponses à propos de demain. » Ah oui. Les rêves. Ils nous diront.

La simplicité d’être qui on est, de savoir où on se trouve, afin de donner du sens à la vie.

Roberto nous raconte l’histoire de sa naissance qui va donner un sens à toute son existence, ce qui « donne la direction ».

Roberto est fils de Mamos (« guide spirituel ») et donné à un couple américain à sa naissance. Le gringo, ancien militaire US, a œuvré à la protection des indigènes dans les années 60 face au gouvernement colombien, aux paramilitaires et à la guérilla des narcotrafiquants. Sa famille américaine est fière que Roberto soit Mamos. Je suis une passerelle, entre des mondes, depuis ma naissance, il ponctue. « Un pont », c’est le mot clé de son existence, de sa présence et du sens de son action. Le guide spirituel et son « baston » à la main cheminent la Colombie, les universités, les écoles, les villes pour raconter. Raconter.

C’est cette dernière action qui résonne à mon âme, Martin Ophoven.

Raconter. Raconter les histoires. Raconter qui je suis. Se raconter ce qui est. Raconter simplement. Raconter simplement ce qui parait compliqué.

Je repense a mon seul en scène « Lost in Transition ». Au livre que je viens de terminer d’écrire, exactement ce jour, vendredi 7 mai. Raconter la transformation , et ma folie de croire à l’impossible, à croire en qui je suis. Je vois que ce que Roberto fais simplement m’invite à être qui je suis. être qui on est, c’est bon. c’est simple, ce soir.

La « simple » soirée avec Roberto et Mariana, avec Jérôme, et les habitants du domaine de Jolimont me ramènent à moi même. Je suis un petit habitant de la planète, de la vie. Je vais au ralentis comme l’escargot, je suis pétillant comme l’eau de la source, je suis enthousiaste comme ce jeune cerf qui bondit à notre passage. Je suis un Kogis comme Roberto, Mariana (épouse d’une autre ethni), comme Jérôme et comme vous tous. Je suis au service des abuelos, des anciens, des futurs, de tout, de raconter, de simplifier, de faire connaître.

Quel cadeau ! Merci.

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